juin 22, 2006

Et si…

Et si j’avais eu 6 ans aujourd’hui, de quoi aurait été constituée ma journée ?
- 7h00. A la porte brutalement ouverte sur la vive lumière de l’extérieur, j’aurais probablement commencé ma journée en râlant un bon coup (oui, parce ce qu’un enfant ça râle), mais juste pour le principe car depuis longtemps les bruits extérieurs et l’impatience de découvrir cette nouvelle journées m’auraient réveillés.
- 7h10. Je me serais dirigée vers la cuisine, l’œil glauque et le pas traînant (les charentaises sont conseillées. Elles font plus de bruits) pour montrer mon total désaccord avec le despotisme parental et ces lois débiles qui obligeaient les *pauvres* enfants *comme moi* d’aller TOUS les matins s’abrutir avec des trucs intellectuels alors que l’abrutissement était là (non. Là) à portée de tube cathodique.
- Aurais regardé d’un œil encore plus glauque le bol de café au lait fumant sur la table.
- 7h20. Aurais râlé (juste pour maintenir la pression) et…aurais attendu que l’unité maternelle fasse un tour ailleurs pour : (1) me précipiter vers l’évier le bol à la main (l’UM (comme nous l’appellerons dorénavant) n’ayant toujours pas intégré le fait que je n’aimais pas le café, ni le lait d’ailleurs et encore moins le subtil mélange des deux), (2) en renverser partout dans la cuisine, (3) verser les trois gouttes restantes au fond de l’évier (mon meilleur ami du matin), (4) courir me rasseoir à la table en traînant de l’affreux mélange sur tout le sol, (5) prendre le sourire débile du c’est-pas-moi-j’ai-rien-fait-suis-un-ange-moi, et (6) attendre que l’UM rentre dans la cuisine pour (7) détaller à toutes jambes direction la salle de bain avant qu’elle ne remarque la supercherie.
- 8h00. Après le bisou rituel devant la porte et le non moins rituel tu-t’es-lavé-les-dents- ?-œil suspicieux-oui-oui-œil-innocent, aurais dévalé les marches de l’escaliers, aurais attendu d’avoir passé le coin de la rue (et donc d’être sortie du périmètre fatal de la vue par la fenêtre) pour défaire la queue de cheval et fourrer le pull moche au fin fond du sac, entre les billes, les morceaux de biscuits écrasés, la corde à sauter et les 4 bouts de règles constituant encore la semaine dernière dans le magasin une règle toute neuve que vous avez supplié qu’on vous achète et j’aurais couru à perdre haleine jusqu’à l’école, tout ça pour arriver avec…une demi heure d’avance.
- Après papotage, 10 tours de cour, papotage, 50 sauts à la corde, papotage et deux billes perdus, aurais intégré ma salle de classe.
- 8h30. Me serais assise à mon bureau (au fond à droite contre la fenêtre et le radiateur) et aurais attendus *patiemment* que les heures défilent *lentement* en gardant néanmoins une oreille plus ou moins attentive histoire de m’assurer la meilleure note, condition sine qua non pour avoir le droit de glander le week-end et de récolter le sourire béat d’admiration de mes UPs (unités parentales).
- 16h30. La cloche sonnant, aurais *partiellement* noté les devoirs à faire, aurais enfilé à la va-vite le cartable contenant quelques nouveaux trésors comme des miettes de gâteaux supplémentaires, les trois billes gagnées à la récré de 10h00 et la corde à sauter de ma meilleure amie du moment (l’échange ayant été fait dans les règles de l’art à la récré de 15h00 après âpres négociations menées durant la récré de 13h00) et aurais couru chez moi.
- 16h35. Aurais envoyé bouler le cartable dans la salle à manger (au milieu, c’est mieux, les gens ont plus de chance de se prendre les pieds dedans), aurais avalé un chocolat chaud avec des tartines, aurais *partiellement* fait mes devoirs, aurais embêter mon UF (unité fraternelle) qui me l’aurait bien rendu et nous nous serions collés devant la télé.
- 19h00. Cri retentissant : C’est prêêêêêêt. On maaaaaaaaange. Il est où ton père ? Va-le-chercher-lave-toi-les-mains-t’as-fais-tes-devoirs- ?
- 21h00. Le ventre bien rempli, les zœils *déjà* tout pleins de rêves, j’aurais gravi le long escalier, aurais posé mon auguste tête sur l’oreiller et…aurais dormi du sommeil du juste, pour tout recommencer le lendemain.

Et si j’avais eu 20 ans aujourd’hui, de quoi aurait été constituée ma journée ?
- 7h00. cri strident du réveil. Main sortant de sous la couette. Coup brutal sur la machine du diable. Ronchonnage : gniaaaaatroptotsontfouslesgens. Me serais tourné de l’autre côté en rabattant la couette sur ma tête et aurais replongé dans les bras de Morphée.
- 10h00. Aurais émergé la tête de sous la couette. Aurais regardé l’heure. Ronchonnage : gniaaatroptardtantpisjiraiàlafacdemain.
- Me serais levé, aurais préparé un litre de café, aurais roulé deux ou trois clopes pour la route (économie d’énergie mère de tout étudiant), aurais posé le mug fumant sur la table basse, aurais sorti le paquet de cookies (repas équilibré, journée assurée), me serais assise dans le douillet fauteuil et ouvert mon bouquin.
- 12h00. Aurais eu une pensée pour tous ces abrutis en train de mourir d’ennuis au cours de chimie organique, aurais préparé un litre de thé (pour tenir éveillé, faut varier les drogues. Pour éviter toute accoutumance), roulé deux ou trois clopes pour la route et aurais replongé le nez dans mon bouquin.
- 14h00. Levé de nez brutal du bouquin. Crise d’angoisse : putain-c’est-quand-le-tp-de-bioch-que-j’ai-pas-préparé-et-que-je-dois-absolument-pas-louper-pour-avoir-mon-année-?-de-toute-façon-tant-pis-c’est-trop-tard-pour-y-aller. Soupir soulagé : il est demain. Replongeage direct de nez dans bouquin.
- 14h30. Les gargouillis de mon estomac m’auraient rappelés à l’ordre. Pas traînant jusqu’au placard (le frigo est trop loin), o_O ?! plus de cookies ! Œil venimeux au placard (le salaud. Il a bouffé tous les gâteaux et il a même pas pensé à en racheter). Regard désespéré par la fenêtre : Il fait beau et je vais devoir sortir *Soupir(s)*.
- 15h00. Après une douche rapide, j’aurais filé dans l’épicerie la plus proche faire le plein de saine nourriture toute pleine de sucre, de colorants et d’additifs divers et variés, aurais choppé des munitions nicotinées (juste au cas où), serais rentrée dans une librairie acheter la suite du bouquin, ne l’aurais pas trouvé, aurais acheté une bd à la place.
- 15h30. Trop fatiguée, me serais assise à la terrasse d’un café et aurais lu la bd.
- 16h00.
- 16h30. Me serais décidée à bouger mon auguste postérieur du confortable fauteuil, aurais regardé les trois tasses vides de café, le verre de coca et le sachet de mns vide lui aussi marquant mon passage en ces lieux et aurais filé dans une autre boutique acheter la suite de mon bouquin.
- 17h00. Exténuée, je me serais vautrée avachie laissée tombée dans le confortable sofa (après avoir sorti une bouteille de coca du frigo, roulé deux ou trois clopes et ouvert sauvagement une plaquette de chocolat) et commencé la suite du bouquin.
- 18h00. (Heure variable. Fourchette 17h00-23h00) aurais reçu coup(s) de fils m’invitant à boire un thé, un café, un verre, une pinte (au choix, ou les quatre).
- Aurais sauté dans ma paire de chaussures et serais allée guillerette voguer vers de nouveaux horizons.
- Quelques coups de fils plus tard et quelques grammes d’alcool de plus dans mon sang.
- 3h00-4h00 serais rentrée (heuuuuu. Enfin bon. Hein. Le plus important c’est le résultat pas le chemin pris pour y arriver), aurais posé mes affaires en tas, me serais laissée tomber (avec toute la grâce dont je suis capable) sur mon lit (sans le défaire) et … aurais dormi du sommeil du juste, pour tout recommencer le lendemain.

Et si j’avais 27ans aujourd’hui, de quoi aurait été constituée ma journée ?
J’aurais rêvé toute la journée à ces temps bénis où j’avais 6 ans et 20 ans, en poussant d’énormes soupirs, en regardant les heures défilées mornement de mon oeil nostalgique tout en lançant de temps à autre de venimeux regards au schtroumpf ou au joyeux estudiant en train de passer mon expérience.

POURQUÔÔÔI ?????????