février 28, 2006

Et cet instant…image du bonheur innocent

A l'évocation de mardi gras sur les ondes ce matin une petite larme m'est insidieusement venue au coin de la nœil.
Je me suis instantanément souvenue de cette journée attendue et préparée des semaines durant dans tous les foyers de notre petite ville.
L'importance du choix du costume. Qu'il fallait absolument qu'il soit joli (et vous dedans aussi), original, assorti à celui de vos copines, au char préparé par votre gentille unité paternelle.
Le défilé, l'œil aux aguets des commentaires sur la classe folle que vous pouviez avoir en As de coeur, de la lueur débile et admirative de vos parents vous voyant parader en coccinelle.
Les confettis lancés (si possible dans l'œil de votre voisine (que de toute façon vous ne pouviez pas blairer (la salope en papillon coloré et épanoui vous regardait de haut, vous, la pauvre petite coccinelle)), les gâteaux avalés goulûment (si possible avec quelques traces de confiture laissées sur vos antennes), les rires, les ailes arrachées lors d'une bataille grandiose avec la mante religieuse le joli papillon…

Mais le souvenir le plus fort reste quand même celui de la fête gigantesque organisée par les parents qui suivait le défilé et dédiée…aux parents. Et soyons réaliste : aux stupres et à la luxure.
Les litres d'alcool qui disparaissaient.
Les tonnes de brochettes, salades de riz et œufs mimosas préparés avec amour par vos mères pour éponger l'éthanol ingurgité par vos pères.
Les instants de doutes lorsque, poursuivie par un apache, vous rentriez pour vous cacher dans une petite pièce sombre et que vous tombiez sur un ramassis de jambes et de bras que vous ne saviez pas trop à qui ils appartenaient.
Les conversations surréalistes : 'Dis maman? C'est quand qu'on rentre maintenant ?' 'Attends! Je retrouve ton père et on y va' ; 'Pas la peine de l'attendre. Il s'est transformé en monstre dans la penderie avec la femme du boulanger'
Les rixes entre ces mêmes pères quelques heures plus tard (pas assez de salade de riz). Et des œufs mimosas volant dans la cuisine de la salle des fêtes (pas assez d'alcool ingurgité).

Mais si mardi gras reste gravé dans mes souvenirs, c'est peut être parce que je n'ai jamais du ramasser mes parents beurrés comme des petits lus dans une ruelle sombre. Ni courir après ma mère parlant toute seule de divorce, de trahison et de ce qu'elle allait faire avec les miches de la boulangère la prochaine fois qu'elle la croiserait.
Non.
Il me vient seulement une image : en fond, la voiture transformée en moulin pour l'occasion. Mon père déguisé en meunier, la figure pleine de farine, un verre à la main, en train de danser une folle gigue autour d'un gigantesque feu, une ribambelle de petits diables, clowns, papillons, princesses et pirates courant derrière lui…
Et la coccinelle morte de rire.