janvier 28, 2006

Hallucinations & Dépendance

La dépêche vient de tomber : le monde se voit une fois de plus dévasté par une nouvelle drogue foudroyante frappant plus spécifiquement la génération des 20-30ans sans distinction de sexe.
Voici l'article d'un courageux médecin, qui a bien voulu sacrifier sa vie au nom de la science en s'inoculant le poison afin de mieux en comprendre les mécanismes…Respectons le courage de cette femme homme, dont nous tairons le nom afin de préserver son anonymat. Son état est actuellement critique et nous craignons qu'il ne redevienne jamais vraiment ce qu'il était avant.

CSI syndrome (dit de Las Vegas)
Ou le développement de comportements caractéristiques déviants associés à la consommation prolongée et excessive d'épisodes.

Etiologie :
La cause est non connue. Certains traits de personnalité, incluant des traits schizoïdes (isolation, solitude, timidité), dépression (due à l'exil du sujet en milieu hostile (par exemple Genève)), la dépendance (l'alcool et les amis rentrant dans cette catégorie), l'impulsivité autodestructrice (je passerai sur la définition de ce terme, il suffit de regarder le sujet vivre pour en comprendre toute sa dimension) sont communs chez les CSI-addicts (ou CSIstes en français).
On soupçonne néanmoins une transmission possible de l'envie de CSI par voie communicative entre deux êtres. Ceci serait possible grâce aux mécanismes même de l'absorption du CSI (voir Physiologie pour plus de détails).

Physiologie :
Le CSI est absorbé par voies visuelle et auditive. Le passage se fait des voies sensitives au cerveau de façon relativement classique. Il peut, dans certains cas graves de dépendance, être accumulé et stocké dans certaines zones cérébrales spécifiques, dites de la mémoire. Ce stockage permet au patient, lors des périodes de manque de diffuser à petite dose des images et des sons à l'ensemble de son organisme. Le stockage rendrait également possible la transmission.

Tolérance et dépendance :
Les personnes absorbant une quantité massive de CSI deviennent tolérantes à ses effets (effets de surprise, nouveauté des méthodes utilisées, nouveaux acteurs), et sur le long terme, les doses ont au fur et à mesure, plus le même effet toxique que les premières doses. Lorsque le patient atteint le stade de la dépendance, un ou deux épisodes par jour ne lui suffisent plus. Il va donc progressivement allonger les périodes dans le canapé jusqu'à refuser de sortir de chez lui (excepté pour acheter un nouveau coffret) pour ne pas quitter l'écran des yeux.

Symptômes :
Une pléthore de symptômes et de signes accompagne le CSI-syndrome. Nous ne citerons que les plus flagrants et les plus graves, ainsi que leur mise en contexte afin de saisir le niveau de déchéance atteint par les patients.

L'insomnie : Comme nous l'avons mentionné dans le paragraphe traitant du problème de la dépendance, le patient tend à diminuer ses plages de sommeil pour pouvoir s'inoculer le CSI sur de plus longues périodes.
On a vu, certaines personnes tomber et baver sur leur clavier à midi, pour n'avoir pas dormi de la nuit. Mais leur grande expérience du relevé d'indices leur a bien vite permis de déterminer pourquoi, en relevant la tête, un petit QWERTZ (on est en Suisse, alors même les claviers sont bizarres) était incrusté dans leur joue gauche, alors que leur bout du nez s'ornait d'un ravissant K.

Troubles du sommeil : Le sommeil est perturbé par des rêves étranges, dont le sujet n'en perçoit pas toute l'implication.
Il peut, par exemple, se réveiller brutalement et s'écrier un "J'ai trouvé les indices!", qui lui procure un grand moment de solitude, lorsqu'il se rend compte qu'il est assis, le dos raide, au milieu de son lit, en compagnie de deux félidés larviques et qu'il n'est que 3 heures du matin dans une ville où les seuls crimes notables commis sont les mamy qui ne ramassent pas les petits cadeaux laissés par leurs chiwawa brushés dans les pelouses des jardins publiques.

L'obsession : Le CSI-addict a pour principal passe temps, entre deux épisodes cela va de soit, de regarder sur la toile la date de sortie du prochain-coffret-de-l'intégrale-de-la-dernière-saison (respirez), afin de se ruer le plus rapidement possible dans le magasin le plus proche et ainsi assouvir son vice de nouveautés édulcorées technico-médico-légales. Cette obsession, qu'à ce stade on peut s'en partage nommer maladive, se traduit parfois par de hallucinations visuelles et auditives (voir paragraphe suivant).

Les hallucinations visuelles et auditives : Il n'est pas rare que certains patients (hum, hum) dans la hâte d'acheter le plus vite possible le dernier coffret, visitent le site d'une célèbre enseigne fnaqueuse afin de s'assurer de la date de sortie. Le processus étant répété jusqu'à la date fatidique. Le patient, très difficile à maîtriser les deux jours précédents le jours J, du à la surexcitation et au manque, cours, vole (et nous venge) jusqu'au graal. Mais là surprise, puis panique (se traduisant par un retourné fébrile des divers coffrets des saisons précédentes au milieu des autres clients un peu sceptiques), point de nouvelle saison. Terrifié par la potentialité de rentrer bredouille, le patient s'avance donc vers le gentil monsieur en vert foncé et couleur indéfinie (terriblement fnaqueuse) et demande avec une lueur au fond des yeux rappelant vaguement la flamme que l'on peut apercevoir dans les yeux d'un psychopathe (contrarié le psychopathe, et mal luné de surcroît) :
- Excusez moi? Le coffret du CSI, il sort bien le 23?
- Oui le 23….
- Mais c'est aujourd'hui!
- le 23? Oui. Mais le coffret, il sort le 23 MARS…
- oh…

L'hystérie : Elle s'empare généralement des patients lorsqu'ils rentrent en contact avec un autre CSI-addict. Extrait de conversation :


- Les experts ? (sourire béat et niais)
- Oûûûûûûuûîiiiiiiiiiiii (avec le bras et le l'indexe tendus et pointés en direction du premier intervenant (que nous nommerons patient A) qu'il agite furieusement de haut en bas).
- Ceux de Las Vegas, hein ? (panique perceptible dans la voix du patient A. Il veut s'assurer qu'il a bien affaire à un de ces congénères et non pas avec un inculte ou un erzast de fan)
- Oûûûûûûuûîiiiiiiiiiiii (sourire béat et niais de reconnaissance. Le patient que nous appellerons B se méfiait lui aussi. Notez cependant, comment au nom de sa drogue préférée, le sujet B ne parle plus que par monosyllabes)
- J'âdôre l'épisode 10 de la saison 25. Tu sais, celui où la grand-mère tue le voisin de la femme de son cousin par alliance du côté de sa mère.
- …
- Mais si, celui, où après l'avoir empoisonné avec les géraniums du jardin (la mamy en question était chimiste dans une vie antérieure), elle le découpe en morceaux avec les dents (la mamy dans une vie très très antérieure était homme ou plutôt femme de Cro-Magnon), avant de le passer dans le hachoir du boucher (Non, elle n'avait pas été boucher dans une vie antérieure mais elle avait une dent contre le boucher (sans mauvais jeu de mots) et tenait à lui faire porter le chapeau) et de le donner à manger à ses chats (parce que une mamy reste toujours un peu une mamy à chats)….

Nous nous voyons malheureusement obligés de ne pas rapporter le reste de la conversation qui c'est constitué d'un résumé de tous les épisodes des 40 dernières saisons, d'une foutitude de détails macabres, de l'énumération d'une longue liste de techniques d'investigation, du vomissement d'un participant externe, et d'idées données à un psychopathe qui passait simplement dans le coin.

Traitement :
La mise en quarantaine immédiate du patient. Le sevrage lent et progressive par quelques épisodes CSI à Miami, en diminuant les doses de jours en jours jusqu'à arrêt complet des symptômes.